Cat-Life

Graphisme 9 // RiverClan By Alru =]
AccueilAccueil  FAQFAQ  RechercherRechercher  S'enregistrerS'enregistrer  ConnexionConnexion  Autres liensAutres liens  
 

Chroniques d'un taureau sans cornes.

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
AuteurMessage
Sombre Présage
Admin Shade Conscience Universelle
Admin Shade Conscience Universelle


Sexe:FémininVerseauSinge
Age : 15
Inscrit le : 03 Juin 2007
Messages : 1310
PUF : Shade x Kyuu-shade
Rang/Clan : Ombre : guerrière // apprenti
Apprenti/Mentor : XXX // Etoile de Lumière
Avertissements : 
0/100/100/10 (0/10)

Profil du Chat
Envie Tordue: Taper les méchants, avec les pieds.
Affinités:

MessageSujet: Chroniques d'un taureau sans cornes.   Dim 25 Mai 2008 - 15:04



Chroniques d’un taureau sans cornes
By Shade





En hommage à tous ceux qui sont tombés dans l’arène,
Peut-être que ceci permettra à certains d’ouvrir les yeux et de ne plus ignorer la vérité.
L’Homme est cruel, l’Homme est bête. Le nier serait une grave erreur.



    Je m’appelle Hector. Hector le taureau. Certains me connaissent aussi sous le nom de El Diablo. El Diablo, car il est dit qu’aucun taureau avant moi ne s’était jamais battu avec une telle ferveur dans l’âme. Jamais un taureau n’avait manifesté un tel désir de liberté. Ce surnom ne me vient pas d’un certain attrait pour le mal, d’une cruauté quelconque ou d’une possession démoniaque. Il me vient tout simplement d’un amour incommensurable pour la vie. J’aimais vivre, voilà pourquoi on me considérait comme mauvais. Mais pourquoi s’attacher à quelque chose d’aussi éphémère que la vie ? Car la vie est le plus beau cadeau qui puisse être fait. Tout du moins, ce n’est que mon avis.

    Je suis né à la campagne, dans un petit élevage bovin en Espagne. Mon père, Kratos, était sans doute le meilleur reproducteur de tout le comté. C’est sans doute cela qui m’a conduit dans l’arène. Dès ma naissance j’étais le plus vigoureux des nouveaux nés du troupeau. Un petit mâle entièrement noir, assez robuste malgré son jeune âge. Je me souviens que lorsque j’étais jeune, j’avais vu une étrange lueur de tristesse dans le regard de ma mère alors qu’elle m’observait. Je n’avais pas compris ce qu’il se passait, à l’époque. Mais maintenant, tout est clair.
    Alors que je n’avais que quelques semaines, les humains m’avaient apposé une lame extrêmement douloureuse sur la cuisse. On m’avait marqué au fer rouge. Pourquoi ? Je n’en avais aucune idée.
    Je n’avais que quelques mois quand notre éleveur m’avait isolé l’espace de quelques minutes. Sa femme et son fils de 17 ans étaient là, eux aussi. Ils m’avaient longuement détaillé. Puis le fils avait prit la parole.

    - Il est fort, avait-il dit.
    - Oui. Je n’en avais jamais vu un pareil avant. Une bête d’une grande beauté, avait affirmé la femme.
    - Et il va me rapporter gros, je vous le dis. Les affaires vont marcher à nouveau.

    Je ne comprenais absolument pas le langage des humains. C’est toujours le cas, d’ailleurs. Que me voulaient-ils ? Avais-je fait quelque chose de mal ? J’allais être puni ? Il n’en était rien. Quoi que le sort qui m’attendait était un châtiment des plus atroces.
    Toujours est-il qu’après cela on me laissa plus ou moins en paix. Je passais tout mon temps avec ma mère à laquelle j’étais très attaché. Et la liberté finit toujours par nous appeler. Je voulais mon indépendance, ne plus vivre à ses frais. J’ai finalement quitté le doux cocon maternel pour vivre ma vie. Pas question d’ignorer ma génitrice bien sur, je venais la voir quand je le pouvais, enfin, elle se trouvait dans un pré non loin du mien, alors nous étions en contact malgré tout.
    Puis, lorsque j’eus aux alentours d’un an, les Hommes commencèrent à me « taquiner ». Rien de bien méchant. A l’époque je pensais que c’était plus une sorte de jeu qu’autre chose. Ils semblaient me provoquer. Je les chargeais. Sans les toucher bien sur, ils s’abritaient derrière des barrières. Cela dura un temps. Puis le moment vint.

    Un petit matin, on m’emmena dans une sorte de salle close dont le sol était couvert de terre. Ce n’était pour moi qu’une immense salle de jeux. Je devais leur foncer dedans, mais je m’arrangeais toujours pour ne pas les blesser. Ils n’avaient rien fait qui n’en vaille la peine. Pendant une dizaine de minutes je ne fis que des allers-retours en courant, tête basse, mes cornes bien en avant. Puis ils arrêtèrent leur manège. L’éleveur s’approcha de son fils.

    - Il est trop gentil.
    - Je sais, papa. Mais il est parfait. Une fois là-bas, il sera bien obligé de devenir agressif.
    - Crois-tu vraiment qu’il le sera ? Ne devrait-on pas le conditionner ?
    - Pas besoin. Et puis après tout, s’il est trop bon, tant pis pour lui.

    On m’avait alors reconduit dans ce grand pré qui me servait de territoire. Des hectares rien que pour moi. C’était ma maison, je la défendais. J’aimais cet endroit plus que tout. Et c’était la dernière nuit que je passais là-bas.

    Le lendemain matin était arrivé un gros camion. Camion, c’est le nom que les bipèdes donnaient à cette grosse machine puante et tout d’acier vêtue. Un bien drôle animal à mon goût, qui engloutit diverses choses, vivantes ou non, avant de les recracher sans la moindre trace. Il y en avait des semblables ici, mais ils étaient nettement plus petits. Le conducteur s’était avancé. On m’avait montré du doigt, puis ils étaient tous venus vers moi. Je ne savais pas ce qu’il se passait. Ils m’avaient fait monter dedans. Il n’y avait pas beaucoup de place. Je me souviens qu’avant qu’ils n’aient eu le temps de fermer la porte j’avais vu ma mère qui criait :

    - Tu es libre, mon fils, libre ! Ne t’en fais pas, tout va bien se passer à présent ! Sois fort, je t’en prie…

    Et elle avait pleuré. Pas à la manière des humains, bien sur. Ses yeux emplis de tristesse, elle avait poussé une longue plainte déchirante. Pourquoi faisait-elle ça ? Pourquoi devais-je quitter mes terres ainsi ? Ne pouvais-je pas vivre ici ?
    J’avais alors tenté de m’échapper. Mais c’était trop tard : ils avaient fermé la porte, me plongeant dans le noir total. Le monstre m’avait mangé. Ses mâchoires glacées s’étaient refermées, faisant ainsi disparaître toute possibilité de sortir. Me laissant seul dans les ténèbres, pour la première fois de ma vie.
    Un rugissement mécanique avait retentit. Le sol s’était mis à trembler. Puis à bouger. Ce n’était pas vraiment le sol qui bougeait, mais je sentais bien que je me déplaçais d’une certaine manière. Le camion avait démarré, la bête s’était mise en marche.
    Je ne me souviens pas le temps que nous avons mis pour arriver à destination. Mais dans la noirceur de ma cellule tout semblait désespérément long. Et enfin le véhicule s’était arrêté. La porte s’était ouverte. Cette attente abominable était enfin terminée. Ne tenant plus, j’avais alors bondi hors du camion et m’étais rué tout droit. Je ne savais pas où j’étais, je ne savais pas où j’allais. Mais j’y allais. C’était toujours mieux que l’endroit d’où je sortais. Enfin, je le pensais.
    Finalement, je n’aurais pas du quitter le camion. J’aurais du rester dans le noir. Les ténèbres peuvent être réconfortantes quand l’on est en détresse. Les fantômes de la nuit viennent nous conforter dans notre solitude. On en vient à se demander si l’on est encore en vie, après un certain temps passé parmi eux. On s’évade, quittant ainsi cette prison charnelle, notre esprit voguant au gré de nos envies. On vit de nouvelles aventures, loin de notre monde habituel, loin de la cruauté omniprésente. Mais chaque voyage a une fin. Ainsi on finit par être vite ramené sur Terre et on reprend conscience de la dure réalité : la vie continue. Et on est là.

    Je courais donc, je courais dans ce couloir droit, interminable et sombre. Puis je m’étais finalement retrouvé devant un cul de sac. Je n’avais pas eu le temps de me retourner qu’on avait déjà fermé la porte qui était derrière moi. Je ne l’avais pas vue. Erreur. De nouveau, j’étais enfermé.
    J’ai ainsi pu prendre conscience que ma vie n’était finalement faite que d’emprisonnements. Je n’avais jamais pu aller où je voulais. Il y avait toujours eu ces maudites barrières. Cet espace déjà conséquent me suffisait à l’époque. Mais la liberté est la plus belle chose qui soit. Je ne l’avais jamais connue. Je me suis alors décidé : il fallait que je sois libre. Je voulais ma liberté. On n’allait pas me laisser ici, je n’allais pas moisir dans cette sombre cage. Si l’on est enfermé, la vie ne vaut pas la peine d’être vécue. Je devais m’évader. Je ne me laisserais pas faire.
    J’avais alors réuni toutes mes forces et commencé à m’agiter. Je cognais ce que je pouvais. Je devais détruire cet enclos. Partir. Vivre ma vie. Mais j’avais beau frapper de toutes mes forces, donner des coups de cornes, de sabots, rien ne cédait. Je n’allais pas abandonner pour autant.
    Soudain je ressentis une légère douleur, comme une piqure d’insecte. Puis cette étrange sensation m’avait envahi. Tout était léger. Une brume s’était infiltrée en moi, s’épaississait. J’étais bien, pour la première fois depuis un certain temps déjà. Et en quelques secondes, je m’endormais.

_________________

Spoiler:
 
Revenir en haut Aller en bas
Sombre Présage
Admin Shade Conscience Universelle
Admin Shade Conscience Universelle


Sexe:FémininVerseauSinge
Age : 15
Inscrit le : 03 Juin 2007
Messages : 1310
PUF : Shade x Kyuu-shade
Rang/Clan : Ombre : guerrière // apprenti
Apprenti/Mentor : XXX // Etoile de Lumière
Avertissements : 
0/100/100/10 (0/10)

Profil du Chat
Envie Tordue: Taper les méchants, avec les pieds.
Affinités:

MessageSujet: Re: Chroniques d'un taureau sans cornes.   Dim 25 Mai 2008 - 15:05

    Une vive douleur finit par me réveiller, fermement attaché, un peu plus tard. Deux hommes étaient à mes côtés. Que voulaient-ils ? J’avais tenté de bouger, mais mon corps ne répondait pas. J’avais alors fermé les yeux, et écouté. Ecouté cette langue que je ne pouvais comprendre, et ce contre ma volonté.

    - Pourquoi fait-on ça ?
    - De quoi ?
    - On lui lime le bout des cornes.
    - Haha, on voit bien que tu es nouveau. Si on les laissait intactes, ce serait beaucoup trop dangereux.
    - Mais… Le matador ? Il a des armes, lui. Et si l’on enlève ses seules défenses à un animal et qu’on le lâche face à quelqu’un à qui l’on a donné des armes… Le combat n’est pas équitable !
    - Mais ce n’est pas grave ! Tout ce qui compte, c’est le spectacle. Après, le taureau, on s’en fout. C’est qu’une bête, y en a plein d’autres comme lui.

    Je sentis qu’on me donnait un coup de pied assez violent dans le flanc.

    - Arrête ! Tu vas le réveiller !
    - Mais non, et de toute façon il est attaché. Regarde-moi ça… Ce gros lourdaud roupille comme une marmotte.
    - Sait-il ce qui l’attend ?
    - Mais bien sur que non ! Ce n’est qu’un animal. Un animal stupide et sanguinaire.
    - Sanguinaire ?
    - Pour sur !
    - Un taureau… Ce n’est qu’un taureau !
    - Coupe ses cornes à Lucifer, et il n’est plus qu’un simple diablotin…

    Je ne me souviens plus de la suite. Je m’étais de nouveau assoupi. J’avais ensuite repris mes esprits dans une autre petite cellule sombre. Encore une…

    Il me fallut plus d’une heure pour être de nouveau totalement opérationnel. Les humains avaient mis à ma disposition de quoi me nourrir et me désaltérer. C’était déjà ça.
    Après avoir récupéré toutes mes forces, j’avais de nouveau tenté de me libérer. Je n’en pouvais plus de toutes ces chaînes qui m’entravaient. De tout ce qu’on m’imposait. J’étais vivant, moi aussi. J’avais le droit de connaître le bonheur et la paix.
    Une porte s’était alors ouverte devant moi, laissant passer de la lumière. La lumière ! Cela faisait tellement longtemps que je n’en avais pas vu… Je m’avançais, précautionneusement cette fois-ci. J’arrivais finalement en plein jour. Quel bonheur que de sentir les doux rayons du soleil caresser notre corps… J’en fermais les yeux de bonheur.
    J’était de nouveau dans un petit enclos, en extérieur cette fois. Il y avait du bruit autour de moi, beaucoup de bruit. Des cris, des cris d’humains. Les effluves âpres de la ville pénétraient dans mes narines. J’éternuais. C’était la première fois que je sentais cette odeur, et je priais pour ne plus jamais avoir à renouveler l’expérience. Mais au milieu de cette puanteur ambiante se distinguaient d’autres senteurs. Cinq taureaux se trouvaient à mes côtés, parqués dans des cages individuelles séparées de la mienne. Nous avons attendu environ une trentaine de minutes ainsi, debout, sans savoir ce qui nous attendait. Certains tentaient de s’échapper, ce n’était pas mon cas. J’avais finalement compris que je ne pourrais sortir que si tel était le désir des Hommes. Et la porte qui était devant moi s’ouvrit brutalement. Cédant à une pulsion semblable à celle qui m’avait fait jaillir du camion peu de temps auparavant, je me ruais hors de ma cellule. Les autres en firent de même, sous les acclamations de la foule. Il y avait des humains à cheval devant. Et beaucoup de monde autour. Je ne savais pas pourquoi mais je devais les suivre. C’était comme une conduite que je devais avoir. Un ordre venu du ciel que j’étais obligé d’écouter. Je me mis donc à poursuivre les cavaliers. Et les cinq autres taureaux semblaient avoir reçu le même appel que moi. De tous j’étais certainement le plus robuste et le plus grand. Mais on m’avait appris à ne pas me fier à la taille des autres. En temps normal nous nous serions tous affrontés, car c’est l’éthique qui le veut. Mais ici nous étions côte à côte, tel des frères le temps d’une poursuite. Nous chargions sans remords, tel un seul bloc destructeur ravageant tout ce qui se trouvait sur son passage. Des humains étaient au milieu. Tant pis pour eux. Certains tentaient de monter sur notre dos. Ils s’agrippaient à nos poils, nos cornes. Nous étions indifférents et ils finissaient toujours pas être désarçonnés. De temps en temps je donnais un brusque coup de tête pour les faire sortir de ma route. Et puis soudain, je m’aperçus que mes cornes étaient nettement moins longues et pointues. Cela me fit un choc. Mes cornes, ma fierté. Un taureau sans cornes n’est pas un taureau. Cédant à un accès de rage, j’accélérai le pas et redoublai de fureur. Tous ceux qui étaient devant moi le regrettèrent amèrement. Ils avaient peur. Peur de moi. Tous finissaient par s’écarter à la vue de ce mastodonte enragé qui arrivait à toute vitesse. Voyant à quel point ma fureur était grande, les hommes à cheval durent accélérer. Mais je les traquais toujours, sans merci.
    Puis finalement nous finîmes par arriver devant une gigantesque arène. Les cavaliers pénétrèrent à l’intérieur, talonnés de près par notre petit groupe.
    Mes confrères me suivaient tel un chef. Cependant, notre escapade destructrice touchait à sa fin. Nous nous retrouvâmes bientôt au milieu d’un grand terrain sablonneux. Je m’arrêtai, et ils en firent de même. Regardant atour de moi, je constatai qu’il n’y avait plus personne. Plus de bipèdes, plus de chevaux. Mais bon sang, à quoi menait ce petit jeu ? Où voulaient-ils en arriver ?
    Un éclair chatoyant attira soudainement mon attention. Quelqu’un agitait un drap d’un rouge vif devant des portes grandes ouvertes, celles-ci régulant l’accès à un long couloir sombre. Je savais que je ne devais pas y aller. C’était dangereux. Mais cette chose en moi que l’on appelle l’instinct me poussa à me ruer dans la direction du bout de tissu flottant au gré du vent, exposant sa couleur aux yeux de tous, comme s’il me narguait. Les autres prirent ma suite et nous nous jetâmes tel un bloc bestial dans la gueule du loup. Il était évident que c’était un piège. Les humains nous sous-estimaient. Ils croient toujours que ce qui est différent d’eux leur est inférieur, sans jamais comprendre que les idiots, ce sont eux. Leur orgueil les pousse à ne voir que leur propre personne et ce qui s’y rapporte. A ne se préoccuper que d’eux même. Maintenant, je peux constater une chose qui est tellement évidente qu’ils sont incapables de s’en apercevoir : Ce que l’Homme touche, il le détruit. Ce que l’Homme aime, il le brise. Ce que l’Homme déteste, il le réduit à néant. L’Homme est un cancer, le cancer de cette planète. Cette planète gangrénée par la cupidité de l’humain, humain se croyant maître du monde de part sa soi-disant intelligence. Humain qui, tel ce qu’il définit comme de la vermine, pullule et absorbe toutes les ressources inlassablement, dans le cadre de sa grande industrie puante et dénature. Humain qui, une fois qu’il aura saccagé l’ensemble de la Terre, finira par se consumer lui-même. Et il a déjà commencé. Les loups sont solidaires entre eux, et œuvrent pour le bien de la meute. Les Hommes se font la guerre pour des raisons que seul lui comprend, à ses dires. Mais ces raisons existent-elles vraiment ? Je pense que c’est plutôt une excuse à leur bêtise. Mais après tout, qui suis-je pour affirmer cela ? Je ne suis qu’un taureau qui côtoya les humains tout au long de sa vie.

    Nous courrions donc dans cet étroit corridor. De nombreuses portes se trouvaient en son long. Elles donnaient sur de petites cellules. Je ne m’en rendit pas instantanément compte, mais ces dernières puaient. Elle étaient imprégnées de l’odeur de la mort. La mort, la peur régnaient en ces lieux inconnus. Il y avaient d’autres taureaux dans certaines des cages. A notre approche ils s’approchaient des portes, lançant désespérément des appels à l’aide.

    - Non, n’allez pas par là…
    - Sauvez-moi !
    - Fuyez ! Vous devez fuir !
    - Par pitié, aidez-nous !
    - Vous courrez à votre perte ! Rebroussez chemin !

    Mais nous restions insensibles à leurs paroles qui arrivaient à nos oreilles tels des chuchotements, murmures fatigués d’animaux meurtris, érodés par leur séjour trop long en cet endroit lugubre et dépourvu d’âme. Je commençai finalement à ralentir la marche, la respiration difficile, le cœur battant à tout rompre. Nous n’étions pas infatigables après tout, nous étions des animaux effrayés perdus dans cette masse ténébreuse qui englobait tout ce qui se trouvait autour de nous. Nous finîmes par marcher, haletants, épuisés, affamés.

    Alors une porte s’ouvrit devant le dernier d’entre nous, lui bloquant le passage. Il était évident qu’il devait entrer dans la cellule qui lui était présentée. C’est ce qu’il fit. Petit à petit, chacun d’entre nous entra dans sa pièce. Chaque porte se referma, et en un rien de temps nous étions enfermés.



    Je passai quelques jours ainsi, à attendre, les seuls êtres venant troubler ma solitude étant les humains m’apportant de quoi me sustenter et quelques rats vagabonds en mal de sensations, ou de nourriture. Par chance l’enclos situé sur ma gauche accueillait lui aussi un résident : un jeune taureau prénommé Marcus et fort charmant. Tout comme moi il ne comprenait absolument rien à ce qui nous arrivait. Craintif, le bovin roux se morfondait seul dans son coin jusqu’à ce que je daigne lui adresser la parole. Nous avions rapidement fait connaissance et le début d’une amitié s’était formé entre nous. Tout comme moi il venait du Sud de l’Espagne, d’un petit élevage non loin de mon lieu natal. Je découvris rapidement que son père n’était autre que Lumnius, qui avait toujours été considéré comme le plus grand rival, sur le plan reproducteur, de mon géniteur. Si ce dernier avait su que j’étais devenu ami avec le fils de son plus grand « ennemi », je peux dire que ça aurait chauffé pour mon matricule. Mais il n’était pas là à ce moment, pas dans notre situation. Lui devait conter fleurette à ces dames tandis que moi je pourrissais dans ce lieu étroit et macabre. Ah, quelle vie facile il avait…
    Nous passions le plus clair de notre temps à discuter, Marcus et moi, de notre enfance, de nos parents, de nos projets futurs si du moins nous réussissions à nous échapper. Les chances étaient bien maigres, certes, mais on n’a rien sans rien, comme le dit le dicton.

_________________

Spoiler:
 
Revenir en haut Aller en bas
Sombre Présage
Admin Shade Conscience Universelle
Admin Shade Conscience Universelle


Sexe:FémininVerseauSinge
Age : 15
Inscrit le : 03 Juin 2007
Messages : 1310
PUF : Shade x Kyuu-shade
Rang/Clan : Ombre : guerrière // apprenti
Apprenti/Mentor : XXX // Etoile de Lumière
Avertissements : 
0/100/100/10 (0/10)

Profil du Chat
Envie Tordue: Taper les méchants, avec les pieds.
Affinités:

MessageSujet: Re: Chroniques d'un taureau sans cornes.   Dim 25 Mai 2008 - 15:05

    Et puis un jour il y eut du bruit à l’extérieur. Beaucoup de bruit. Cela monta progressivement, comme si de la foule remplissait petit à petit l’arène. Et c’était le cas. Les gradins se remplissaient rapidement dehors, sous un soleil de plomb et une chaleur torride.

    - Tu entends ? me demanda Marcus, se levant brusquement alors qu’il s’affairait à débusquer une souris grise qui lui grignotait ses réserves, bien que celles-ci soient trop conséquentes pour que mon ami n’en vienne à manquer de quoi que ce soit.
    - Bien sur… On dirait qu’il y a des gens qui sont dans le stade…
    - Je ne sais pas ce que c’est, mais tout cela ne me dit absolument rien de bon.
    - Oui, je suis entièrement d’accord avec toi…

    J’échappai un petit ricanement, tentant tant bien que mal de réprimer cette angoisse amère qui montait en moi.

    - J’ai un très mauvais pressentiment, Hector…
    - Oui… On dirait bien que cette fois-ci, c’est le mo…

    Mais je n’avais nullement besoin de terminer ma phrase. Déjà dans les box alentours les prisonniers s’agitaient. Des mugissements retentissaient autour de nous. Des claquements, signe que mes confrères tapaient dans les barreaux de leurs cages.

    Dehors, il y eut une ovation…

    Marcus commençait à paniquer. Il tournait sur lui même tel un lion en cage. Tremblant, la respiration saccadée.

    - Mais qu’est-ce qu’il se passe, à la fin ?

    Contrairement à lui j’étais plutôt calme, du moins en apparence. Allongé dans le fond de ma cellule, je fermais les yeux, respirant profondément. Et puis un peu plus loin sur ma droite, une porte s’ouvrit. Celui qui y était enfermé déboula à toute vitesse et fonça tête baissée dans le couloir, en direction de la sortie. Sous le coup de la surprise, Marcus poussa un petit cri de surprise.

    - Ca y est… Celui-là est parti… Mais pour aller où ? Hector… J’ai peur, Seigneur !

    Mon ami s’agitant dans son enclos, je ne pouvais rester calme. Oui, moi aussi j’avais peur. J’étais terrorisé plutôt, à l’idée de découvrir enfin la raison de tout ce manège. J’avais attendu cet instant, et maintenant que le moment était venu je doutais de moi, je n’étais plus sur de rien.

    - Ne t’en fais pas Marcus… Calme-toi. Ne montre pas que tu as peur, où cela te perdra. Sois fort !
    - Hector… Je suis désolé, mais je ne suis pas comme toi. Je ne me contrôle pas comme toi, je n’ai pas ton courage… Tu n’as pas peur, toi…
    - Oh, détrompe-toi.

    Alors je me levai brusquement, et une fois debout je dû réprimer un terrible haut-le-cœur. Je vacillai sur le côté, puis me redressai, tremblant légèrement. Je finis par froncer les sourcils, affichant un air déterminé.

    - Cela ne se voit pas, mais je suis mort de peur.

    Marcus ne répondit pas. Dehors, les cris de la foule retentirent. Il s’était passé quelque chose. Cinq longues minutes s’écoulèrent, minutes interminables dans lequel nous fûmes plongés dans le plus grand silence. Puis soudainement, dans un claquement sonore, la porte de la cage de Marcus s’ouvrit brusquement. Mon compagnon ne put réprimer un autre cri.

    - Hector, Hector ! Elle… Elle s’est ouverte ! La porte de ma cage… S’est ouverte !

    Il fit quelques pas en arrière, affolé, jusqu’à se retrouver dos au mur.

    - Que faire ? Que dois-je faire ?
    - Je… Marcus !

    Il n’attendit pas que je lui réponde. Il bondit soudainement en avant, les yeux exorbités par la peur, et se rua dans le couloir, me laissant seul. J’entendis le bruit de ses pas raisonner sur le sol et se perdre entre les murs… Il y eut de nouveau de grands cris dehors, puis de nouveau, plus rien.
    Plus aucun taureau n’osait faire le moindre geste de peur de rompre le silence pesant qui s’était installé. Le sang battait à mes tempes. J’étais sans doute le suivant.
    Mû d’une certaine compassion pour celui qui avait partagé ses angoisses avec moi au cours de ces derniers jours, j’adressai une prière muette au ciel pour que Marcus s’en tire bien. Cet acte me surprit moi-même. Etourdi par le désespoir, je m’étais mis à prier…

    Je n’eus pas à attendre longtemps avant d’entendre une nouvelle ovation.

    - C’est étrange, cela a duré moins longtemps… Oh non, Marcus…

    Je soupirai. Voilà que je me mettais à parler tout seul !
    De nouveau plus rien. Cinq minutes d’attente, et j’entendis un autre claquement plus loin sur ma gauche. C’était étrange, m’avaient-ils oublié ? C’en était un autre qui partait…
    Ovation, silence. Puis après environ une demi heure, une autre acclamation, différente des autres cette fois. Et enfin ce fut mon tour.

    Après encore cinq minutes à ne rien faire, la porte de ma cellule s’ouvrit. A la différence des autres, je la quittai en marchant paisiblement. Mieux valait garder toutes mes forces pour ce qui m’attendait, bien que je n’en connaisse pas la nature.
    Je longeai donc l’allée plongée dans le noir. Puis enfin je vis la lumière. Je ne m’étais pas trompé : en cette journée estivale, il faisait particulièrement chaud. Alors je distinguai une silhouette particulièrement imposante se dressant à contre-jour. En m’approchant je discernai ses traits plus en détails : c’était un mâle robuste et fort. Il avait la tête basse, et sa robe de jais était maculée de sang. Sur son dos je puis distinguer une large entaille, bien qu’il en ait d’autres au niveau de l’encolure. A mon approche il leva la tête et posa sur moi son regard éreinté, épuisé, avant de me chuchoter quelques mots, à bout de forces.

    - Fonce petit… Fonce… Ne te pose pas de questions, et fonce…

    Puis je le dépassai, et m’interrogeant sur la signification de ses paroles, pénétrait dans la vaste arène sous les acclamations de la foule. Les gradins s’étaient peuplés de centaines d’humains. Des barrières étaient installées autour du terrain sablonneux, au centre duquel se trouvait un jeune homme, vêtu d’un costume ridicule. Il tenait dans sa main un drap d’un rouge vif qui, sans aucune raison particulière, m’énervait particulièrement. Je finis par m’arrêter à quelques pas de lui, le fixant de mes yeux noirs, attendant de voir ce qui allait se passer.
    Alors l’homme marmonna quelque chose dans sa langue qui m’était étrangère. Cependant je ne bronchai pas. Il se mit à m’appeler. Je ne le comprenais pas, mais je savais qu’il s’adressait à moi. Mais je n’en esquissais pas un geste pour autant.
    Ce comportement passif sembla l’énerver, aussi il fit un pas dans ma direction, guettant ma réaction. Alors, il agita son bout de tissu.
    Voyant que je demeurais toujours impassible, la foule se mit à siffler. Elle nous huait, tous les deux. Le matador (car c’était par ce nom qu’on le désignait) commençait à s’énerver. De toute évidence je ne me comportais pas comme je le devais. C’est alors que je remarquai que d’autres bipèdes courraient autour de moi, comme s’ils attendaient que je les pourchasse. De toute façon ce petit jeu ne mènerait à rien avec moi : je n’avais que faire de leurs broutilles. Ce que je voulais, c’était qu’on me laisse partir.
    Et puis il céda. Il empoigna une sorte de pic attaché à sa ceinture et s’approcha rapidement de moi avant de me le planter au niveau de l’encolure… Du moins c’était visiblement ce qu’il voulait faire car je l’esquivais au dernier moment et m’éloignai de lui en trottinant, le laissant perdre l’équilibre et tomber sur le sol sous les éclats de rire moqueurs de la foule. Il poussa un cri de rage et se jeta vers moi. J’entrepris de lui refaire le même coup mais il anticipa mon geste et une douleur lancinante me transperça l’épaule. Je mugis de rage et fonçai dans sa direction, mais il m’esquiva avec souplesse dans une sorte de pirouette. Je courrai à l’autre bout du terrain et me retournai, furieux. Ce satané truc me faisait un mal de chien.




    Voilà 20 minutes que j’avais commencé mon combat contre cet homme. Autant dire que nous n’étions plus en très bon état, ni lui, ni moi. Nos corps couverts de poussière, nous tenions bon, notre respiration devenant de plus en plus difficile.
    Je m’arrêtai après une énième charge pour reprendre mon souffle, tentant d’ignorer la douleur qui me lançait. De nombreuses blessures parsemaient mon corps, meurtri par tout ce temps passé à attaquer… En vain.
    Il avait reçu de l’aide. Des hommes à cheval, des hommes à pieds… J’avais réussi à en blesser quelques-uns, et l’un des destriers y avait même laissé la vie, suite à un coup de cornes bien placé entre les côtes.
    Mais mon adversaire ne pourrait plus continuer longtemps non plus. D’un seul regard nos esprits parvinrent à communiquer : cette attaque serait la dernière. Il mit la main au fourreau de son épée qu’il gardait à la ceinture depuis le début et empoigna la lame étincelante.
    Je fermais les yeux, tentant de me vider de toute pensée, quant soudain cette voix qui se voulait chaleureuse retentit en moi , résonnant dans tout mon corps, entrant dans chacune de mes cellules, chaque parcelle de mon être. « Fonce petit. Fonce. ». Il avait raison. Je n’avais pas le choix.
    Je me levais et inspirais profondément. L’heure de vérité était venue.

    Il poussa une sorte de hurlement de guerre et se lança dans ma direction. J’en fis de même, bandant tous mes muscles au possible dans ce dernier assaut.
    Il y eut des cris dans la foule, qui désespérait de ne pas voir venir la fin de notre bataille. Voilà quelques temps déjà que ce n’était plus un combat dans les règles de l’art, selon eux.

    Cela se passa très vite. En un éclair je le projetai au loin et il roulait dans le sable, inconscient. Triomphant, je terminai ma course en ralentissant peu à peu. J’avais gagné, et lui perdu. De nouveau les tribunes grondèrent, mais j’étais incapable de savoir s’ils enrageaient de voir la défaite du matador où s’ils étaient simplement heureux que cela se termine. Je marchai lentement, ralentissant de plus en plus. Ma vue se brouillait sans que je n’en connaisse la raison. Le monde autour de moi se mit à se mouvoir lentement, tournant, se déformant sans relâche. J’eus beau secouer la tête, cligner des yeux, rien n’y fit. J’avais la nausée. J’étais faible. Que m’arrivait-il ?

    Ce n’est que lorsque je vis le sang couler le long de mon épaule que je compris. Alors que je l’envoyais dans les airs, l’homme avait rapidement logé son arme au creux de mon encolure. A croire que la chance n’était pas avec moi aujourd’hui…
    Toute sensation m’échappait. Mon corps n’existait plus. Ainsi je ne pus qu’attendre. Attendre de finir de m’écouler. Attendre de toucher le sol. Attendre.
    Je m’affalais par terre. Ma respiration ralentit pour finalement disparaître. Tout son me parvenait tel un écho prononcé à des kilomètres de moi. Le choc. Le noir.
    Avant de fermer les yeux, je réussis à distinguer parmi ces flots tumultueux un corps ensanglanté étendu derrière une barrière. Sans oreilles, sans cornes, sans queue. Mais cette masse musculaire atrophiée par je ne sais quelle barbarie me parut familière. Mais bien sur ! Je l’avais côtoyée plusieurs jours, attendant. Oui, mais attendant quoi au final ? Mes pensées se mélangeaient puis disparaissaient. Je ne pouvais plus réfléchir. Les ténèbres m’emportaient…

    « Marcus… Alors ils t’ont eu, toi aussi… »

    Puis dans un dernier râle de mort, tout s’éteignit. Le noir. La mort.



    Je m’appelais Hector. Hector le taureau. Certains me connaissaient aussi sous le nom de El Diablo. El Diablo, car il est dit qu’aucun taureau avant moi ne s’était jamais battu avec une telle ferveur dans l’âme. Jamais un taureau n’avait manifesté un tel désir de liberté.
    Je m’appelais Hector, et comme nombre d’autres de mes confrères, je suis tombé dans l’arène. Je m’appelais Hector, et l’on m’a tué car je ne suis pas né homme. Non. Je n’étais pas humain. Je n’étais qu’un animal. Un animal qui vécut et mourut en cage. Un animal sans intérêt, tout juste bon à distraire ces Hommes cruels qui se sont autoproclamés comme étant les êtres les plus intelligents sur Terre, car ils étaient doués de cette chose que l’on nomme « pensée ». Car selon eux, leur intelligence avait primé sur leur instinct animal. Mais à bien y réfléchir je me dis qu’ils doivent finalement avoir raison, car je ne puis comprendre en quoi le fait de mettre à mort un être vivant dans le seul but de s’amuser est intelligent. Pour moi, ce n’est qu’un acte que l’Homme qualifierait de « bestial ».
    Je suis né, je suis mort, dans la continuité de ce cycle sans fin qui régit notre monde.
    Vivre ou mourir, vivre pour mourir… Notre vie est certes une suite de choix, mais moi, l’avais-je vraiment, le choix ?
    Comme mes frères on m’a abattu sans pitié, on m’a humilié. Tout ça parce que je n’étais pas Homme. Je n’étais que taureau.



FIN

_________________

Spoiler:
 
Revenir en haut Aller en bas

Chroniques d'un taureau sans cornes.

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 1

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Cat-Life :: Espace Membres :: Blabla :: Fanfictions :: Fanfics-