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>> Le Diable Tacheté ... <<

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Coeur de Pirate
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MessageSujet: >> Le Diable Tacheté ... <<   Sam 14 Juin 2008 - 19:13

. Le Diable Tacheté .
.By Kyo.




J'ai décidé qu'un jour,
ma différence ferait ma force ...



L'histoire, mon histoire, remonte il y a un certain temps déjà. Le temps ou j'étais encore un jeune poulain vigoureux. Sauvage. Libre. Je m'appellais, et m'appelle toujours, d'ailleurs, Thane. Thane, tout ce qu'il y a de plus simple. Pas comme tous ces maîtres, tous ces dieux chevaux, portant des noms à rallonge, tels que Chagernagor du Val du Dormeur ou Indienne de la Rivière. Moi, non. Je suis né dans un petit élevage tout ce qu'il y a de plus banal. Ma mère était la fierté du Maître, sa poulinière favorite, sa jument fêtiche. Elle avait déjà donné deux magnifiques produits, devenus eux-aussi de grands chevaux de compétition, et le Maître espérait beaucoup de sa nouvelle gestation. Ma mère était une jument blanche tout ce qu'il y avait de plus banale pour un oeil non-avertis. Mais pour un propriétaire passé maître dans l'art de reconnaître les moindres défaults, elle était une déesse. Ses muscles fins, ses allures souples, son dos court, son encolure fine et courbe .. Oui, ma mère faisait la fierté de l'écurie.
Mon père, lui, était aussi un grand cheval de compétition, semblable à tous les autres. Grand, noir, beau sauteur. Rien à rajouter, il était un parfait candidat pour ma soi-disant prêtresse de mère. Et pourtant ..

Malheureusement, le jour de ma naissance, ma bonne étoile devait faire grève, car cela s'est passé un Vendredi 13 .. Mais moi, à l'époque, ni tous les autres chevaux, ne connaissions ce jour porte-malheur à l'égard des hommes, comme des animaux, apparement. Le Maître avait mis ma mère au pré pour l'avant-dernière journée avant la mise-bas, d'après lui, pour lui redonner un peu d'aplombs et de moral. Mais le Maître était un imbécile, car ma naissance se passa donc au pré. Nous étions en septembre, il faisait froid, et de violentes bourrasques me fouettèrent immédiatement les côtes dès que je sentis l'air frais pénétrer dans mes poumons. Je grelottais déjà, et je me sentais résigné, devant le spectacle de ma mère qui ne s'approchait pas de moi. Je réussis pourtant à percer le placenta et à m'extirper hors de la substance visqueuse. Sans cet instinct, je serais mort, et n'aurais jamais pu vous raconter mon histoire, qui ne se serait d'ailleurs jamais produite. Mais, malheureusement pour moi, je ne suis pas mort, et ma mère s'est rendu compte - l'imbécile heureuse .. - qu'elle devait me lécher. Et dire que j'avais déjà deux demi-frères qui avaient failli mourri de la même façon ! Belle, oui, mais ingrate, refusant d'apprendre, telle était ma mère .. Et ne me dite pas que je fais le difficile, attendez plutôt la suite !

A l'instant, je n'ai pas songé un seul instant à regarder la couleur de ma robe. Je n'en avais, pour ainsi dire, rien à foutre. Quand enfin l'animal qui me servait de mère se décida à me lécher, j'étais sur le portail de la mort, et mon abruti de cerveau me faisait déjà dessiner des couleurs lumineux, chauds et secs .. Malehreusement, je revins bien vite à moi et me mettais sur mes jambes tant bien que mal. Une fois, deux fois .. Mes jambes fines vascillait sous mon poid et je m'écrasais par terre, guère aidé par les bourrasques de vent froid qui me faisait chanceler. Les yeux bruns de ma mère étaient fixés sur moi, ne faisant rien pour m'aider. Je pourrais même vous affirmer qu'elle semblait rire, se moquer de moi comme de sa première chemise, si j'ose dire. Enfin, après une vingtaine d'essais sous le regard hilare de ma mère, je me mettais debout et réussis à boire son lait. Miracle, elle ne me rejetais pas ! C'est à peine si je tenais debout, alors autant me laisser tomber tout seul, ce serait d'autant plus amusant .. Quand l'aube arriva enfin, j'avais froid, j'étais encore humide et le colostrum de ma mère n'était plus qu'une pâte laiteuse dans ma bouche. Un Bipède s'approcha de l'enclo, le Maître, d'après moi.

- Eh bin, ma belle, r'garde c'que tu nous a fait, hein ! Il est pie ! Tu t'rends pas compte, pie ! Et après tu veux que j'le fasse courir ? Tu m'prends pour un bênet, ma p'tite belle ?

Ma mère executa un flemhen. Le Maître éclata de rire, apparement complètement ivre. Quelle était cette manie des hommes, à toujours croire qu'un cheval qui analyse une odeur rit ? Pourrais-je aussi affirmer que, lorsqu'ils pleurent, ils ont des mouches dans les yeux, comme nous ? A l'époque, je ne l'ai pas fait, et maintenant, je me le reproche encore. C'est à ce moment-là que j'ai songé à regarder ma robe. Mon corps avait des parties blanches, comme ma mère, et des parties noires, comme mon père .. Enfin, comme l'image que l'on m'a faite de mon père, étant donné que je n'ai jamais rencontré le clébard qui m'a aujourd'hui fait naître. J'étais donc pie. Ma mère, idiote qu'elle était, sembla enfin comprendre et me lécha le garrot. Sûrement un signe d'affection de sa part. Durant toute mon enfance, j'en étais persuadé, elle semblait m'aimer, au moins autant que je l'aimais, moi. Et pourtant, ce n'était pas le cas.


Quelques semaines plus tard, j'étais devenus le plus beau poulain du troupeau. Ma mère avait été mise au repos, et passait ses journées à se goinfrer au pré, tandis que moi, je faisais la connaissance des rares équidés que j'ai jamais aimé. Pour commencer, il y eut Lee, un ami, d'environ le même âge que moi, crème, sa robe lisse et brillante scintillant au soleil. Ce fut mon meilleur ami, durant toute ma misérable enfance, et je passâ avec lui les plus beaux instants de ma vie. Tandis que nos mères respectives broutaient à s'en paralyser la mâchoire, s'empiffrant comme des porcs, ne prenant gare aux traces de graisse et de lard qui fondait leus muscles, nous parlions, nous amusions à nous baguarer, parfois, lesp ouliches nous observaient, de loin, leurs yeux papillonant allant de Lee à moi, s'arrêtant quelques minutes sur ma robe pie, puis repassant à Lee. Celui-ci et moi passions de longues heures à observer discrètement les pouliches, choisissant la plus jolie ou la plus rapide. Pendant ce temps, je me développais. Mes muscles saillaient sous ma robe pie noire, mes allures souples et rapides foulaient le pré, et je battais tous les chevaux, adultes ou poulains, sans aucune exeption, à la course.

Mon destin était tracé, mais pas du tout celui auquel je m'attendais.

_________________


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Dernière édition par Coeur de Pirate le Mar 17 Juin 2008 - 19:34, édité 1 fois
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Coeur de Pirate
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MessageSujet: >> Le Diable Tacheté ... <<   Dim 15 Juin 2008 - 18:33




Dans le monde de la parfaite beauté,

Pas de place pour la pitié ...




Je me développais considérablement. J'étais devenu le plus beau poulain de l'écurie, de la planète, si j'ose dire. Lee m'a souvent dit que mon orgueil me perdra, et, à l'époque, je ne l'ai pas crut. A présent, je me mords les sabots à force de repenser à ce simple conseil que je n'ai pas réussit à suivre. Mais oui, pas de doutes à avoir là-dessus, j'étais le plus beau de l'écurie. Les autres mâles, exepté Lee, me fixaient avec jalousie, les pouliches me regardant de leurs beaux yeux en battant des cils. Elles se pavannaient devant Lee et moi, jouant à la pluie rapide, à la pluie élégante, à la plus souple, jouant avec grâce et s'élançant au galop. Lee n'était pas jaloux, au contraire, il pouvait profiter de toutes les jolies pouliches que j'ignorais avec orgueil. Puis, vint le temps du dressage.

Ce fut la période la plus misérable de mon existence. Et sans doutes une des plus douloureuse. Je m'étais encore développé, et mon corps était devenu bien plus musclé, souple et rapide que le Maître n'en avait vu. J'en étais persuadé, tout comem Lee, que si je n'avais pas été pie, mon destin aurait été merveilleux, comme celui de mes demis-frères, champions de courses, de sauts, d'attelage, de dorik ou je ne sais quel engin gênant. Mais non, il a fallut que Dieu s'acharne sur moi et me fasse naître pie. Lee me racontait chaque jour que les chevaux ne croyant pas en Dieu mourraient vite et avaient une existance exécrable. Je ne l'ais pas crut. Je n'y crois toujours pas, mais cette malediction sembla pourtant véritablement s'acharner sur moi.

Le premier jour du dressage, donc, on vint chercher ma mère et on la sortit du pré, la tenant fermement par son licol. Elle avait perdu tous ses muscles et tout son honneur, et était devenue flasque, molle, obèse. Si j'avais ignoré qu'il s'agissâ de ma mère, je l'aurais aussitôt qualifiée de porc, sans même y reconnaître une moindre partie du corps d'un cheval. Malgré tout, même si la porte restait ouverte, je ne la suivis pas. Les Bipèdes ignoraient le fait que j'haïsse ma mère autant que le Maître, et cela m'a bien avantagé. Malgré le fait qu'il fasse sortir ma mère, ni les autres juments qui la suivait, je ne bougeais pas d'un poil, mes muscles bandés. Enfin, els Deux-Pattes se décidèrent à rentrer, montés sur leurs chevaux harnachés solidement, enrêné dan des hackamores, pelhams, rênes allemandes ou je ne sais quelle torture. Les bêtes me regardaient d'un air las, soumis, leurs yeux ternes et charbonneux me glissant le silencieux avertissement de m'enfuir. Je gronda, piaffant, matelant le sol de mes sabots. J'étais devenus bien plus grand que les trois quarts des chevaux présents dans le paturâge, plus rapide, plus souple. Ils ne pouvaient pas m'arrêter. Un Homme lâcha un ordre bref,e t cinglant la croupe de son cheval d'un coup de fouet. L'animal démarra au galop, et je fis aussitôt volte-face, m'enfuyant à toutes jambes. Mes allures élastiques semèrent tour à tour chacun de mes poursuivants, malgré les injures, coups de fouets, de cravache et d'éperons.

Je les avais semé, et revins, très fier, mais en sueur, auprès de mes camarde. Lee se frotta contre mon encolure, les pouliches m'entourèrent. Si on pouvait encore les appeler pouliches. Elles étaient devenues magnifiques, belels comme des fleurs de lys, et je ne me permettais plus de les ignorais orgueilleusement. Je les présentais à Lee, leur faisait un brin de cour, avant de retourner brouter, l'encolrue fière et le dos droit.
Ce matin-là, je m'étais réveillé comme habituellement, par des coups de nez fourrés dans l'encolure. Lee, car c'était lui, était pourtant bien plus fougueux et bien plus violent qu'habituellement. Je me levais en grommelant. Lee me fourra de nouveau les naseaux dans les flancs, me désignant une ombre grise quelques mètres plus loin. Il s'agissait de Thesuro, un ennemi séducteur et prétentieux, bien plus que je ne l'étais à l'époque. Je m'approchais de quelques pas, ne comprenant rien de la signification des gestes de Lee. C'est alors que je compris. Le mâle dominant, un vieil hongre bai fougueux et rapide, était étendu au sol. Ses flancs se soulevaient à peine. Thesura, le voyant bien en état de faiblesse, le piétinait, lui arrachant des lambeaux de chair, lui rouvrant des blessures déjà vives. C'est alors que Tha, l'étalon dominant, poussa un long râle. Le sang jaillit de sa gorge et de son auge ; mais Thesuo continuait de s'acharner sur lui avec une violence sauvage. Le corps de Tha se mit à trembler. Le vieil hongre convulsait, continuant de déverser des litres de sang sur l'herbe déjà rouge de la plaine. Thesuro, après un long moment de supplicei ntense, donna le coup fatal en frappant la salière de Tha. Une gerbe dee sang jaillit, une dernière convulsion, un râle rauque, puis, plus rien. Tha, dominant et âme du troupeau, venait de rendre l'âme.

Et il allait être remplacé par Thesuro.

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Dernière édition par Coeur de Pirate le Mar 17 Juin 2008 - 19:33, édité 1 fois
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MessageSujet: >> Le Diable Tacheté ... <<   Mar 17 Juin 2008 - 19:33




Ce n'est pas en arrachant les pétales d'une fleur
Que tu lui voleras sa beauté.




J'étais immobile, paralysé devant l'acte, la chose, cette scène qui marqua toute mon existence. Il faisait chaud, pourtant un souffle glacial m'avait envahi. Tha. Tha, Tha mon vieux maître. Tha était mort. Thesuro ne semblait pas s'être aperçut que Lee et moi avions assisté à son crime. Voyant l'hongre bai pousser son dernier soupir, une grimace mâcabre tordit son visage. Il existait, et il existe toujours, d'ailleurs, une loi chez les chevaux. Chaque cheval qui meurt doit être accompagné, ou laissé crever en paix. C'était une traidition, qui permettait au mourrant de rejoindre les rangs d'honneur de la vie après la mort. Thesuro, pourtant, voyant son ennemi vaincu, continua de le frapper, de lui arracher touffes de poils, mèches de crins, lambeaux de chair. Enfin, après de longues minutes de torture, il cessa son manège. J'avais compris. Il refusait de laisser partir le vaincu en paix. Et il venait de le tuer sans le moindre honneur. Je retins un hurlement de rage. Thesuro, fier comme un paon, fila au galop vers le troupeau, laissant là Tha, ou plutôt ce qu'il en restait. Lee et moi nous approchâmes doucement. Le corps du mâle bai était couvert de plaies, profondes et sanglantes, certaines même déjà anciennes, mais rouvertes. Le coup fatal avait été porté à la salière, ou une marque distincte de fer était visible.

Lee me poussa par l'épaule, et je me détournais du triste spectacle que m'offrait ma vue. Parfois, je méditais les sorts des Arpenteurs, chevaux aveugles qui vivaient leurs derniers jours en se posant des questions sur le monde .. Oui, je me plaignais, moi, et j'aurais sans doutes préféré laisser Thesuro me crever les yeux plutôt que de vivre la suite de mon récit. Je poussais un grognement rauque devant Thesuro, se pavanant devant les juments constituant son harem. A présent, son pouvoir était sans limite .. Une brise fraîche m'ébourriffa les crins, et je décida de ne pas laisser mon rival exposer triomphalement le cadavre de Tha. Jem 'éclipsais en douce, et réussis à traîner l'hongre bai jusqu'à la sombre forêt, entrela de branches et pins immenses. Je le camouflais tant bien que mal dans les herbes, et pressa mon nez contre sa joue en guise d'adieu. Je filais, malheureux comme un chien, mais plutôt satisfait du tour à joeur à ce salaud de Thesuro. Je m'approchais du harem, me glissant doucement parmi les juments.

Cela faisait un moment que j'avais l'oeil sur une d'entre elle, dénommée Jude. Elle était blonde, blonde comme les blés, ses crins d'ivoire et son corps de soleil. Elle était, à mes yeux, la plus belle du troupeau. Et sûrement pas qu'aux miens, car je distinguais fort bien les regards prétentieux et soutenus que lui lançait Thesuro. A présent,je devrais me battre pour sauver ma favorite.


Le lendemain, Thesuro avait déjà reprit les rènes d'une main de fer, si j'ose dire. Chacun de ses ennemis était désigné à tour de rôle comme éclaireur, et devait filer loin devant, toute une journée et toute une nuit durant, vérifier qu'aucun Bipèdes de s'introduisait dans le paturâge, qu'aucun ennemi n'était en vue .. Entrprise totalement inutile. Et, bien sûr, je me retrouvais en tête de liste pour ce travail fastidieux. Bien plus souvent que les autres, je devais partir loin devant, sans jamais me retourner, de peur de voir des larmes de rage perler au coin de mes yeux. Thesuro faisait de son mieux pour attirer les faveurs de Jude, qui allait bientôt céder. Je devais faire vite. Mais, ce jour-là, j'étais encore en éclaireur lorsqu'une odeur d'Hommes et d'équidés inconnus me vint aux naseaux. Enfin, pas si inconnus que cela .. Ceux qui avaient tenter vainement de me pourchasser. Mais cette fois-ci, ils étaient plus nombreux. Et mieux positionnés, surtout. Je jetais un regard furtif autours de moi. Les fourrés commençaient à boufer, des silhouettes vives se camouflaient entre les arbres. J'étais encerclé. Pris au piège dans cette marée sauvage.

Soudain, el signe fut lancé. Le cercle se mit en marche, ou plutôt au galop, à une vingtaine de mètres de moi. Je n'avais plus aucune chance de m'échapper. Je poussais un hennissement furieux, tentant vainement de prévenir Lee, Jude et le reste du troupeau - Thesuro comprit, malheureusement. Mais il était trop tard. J'étais pris au piège.

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MessageSujet: >> Le Diable Tacheté ... <<   Jeu 25 Sep 2008 - 19:28





Lorsque tu cogne un vase contre ton front et que cela sonne creux,
Ce n'est pas forcément le vase qui est vide.



Encerclé. Je m'étais laissé prendre au piège comme un débutant. Pire que Thesuro. Une vraie mauviette. Tous mes muscles puissants étaient bandés, chaque partie de mon corps semblait réclamer la fuite, ou la lâcheté, l'abandon de mon âme aux Hommes. Je me sentais prisonnié dans une cage de fer, que mes ruades incessantes ne parevenait pas à briser. Les Humains continuaient lentement leur progression. Ils devaient être une dizaine, maigres et aux traits émaciés ou, au contraire, obèses, aux yeux de fouine et aux corps gras. Les pauvres montures me jetaient des regards désolés. Elles étaient enchevêtrées sous un nombre extrêmement impressionants de mors - doubles pour certaines, quadruples pour d'autres - de rènes, de muserolles. Des instruments de torture. Les corps flasques, amaigris par le peu de nouriturre offert par les humains, des pauvres équidés me hurlaient de toutes les parcelles de ce qu'il leur restait de chair de m'enfuir. Mes yeux, mon corps, mon instinct, tout en moi m'explosait les tympans à force de crier, d'hurler, de s'époumonner à vouloir que je quitte cet enfer.

Mais je ne pouvais pas.

Les hommes étaient à présent à moins de dix mètres de moi. Les muscles tendus à craquer, je commençais un manège, une simple technique de haine pure que j'avais paufinée pendant des jours et des jours, depuis la prise de pouvoir de Thesuro. Je restais des heures entières en éclaireur, mon esprit logique tentant d'appliquer à chacun de mes muscles un ordre précis, distinct. Les chevaux simples ou tout simplement ignorants utilisent leurs corps d'une unique façon. Les antérieurs, une fois, les postérieurs, une fois. Certains à peine plus doués que les autres, parviennent à immobiliser une de leur jambe, de manière à éviter un coup fatal. Mais les plus doués - dont, sans me vanter, je faisais partie - apprenaient à tenir leur cops aussi bien qu'une arme. Chaque muscle a un lien, un ordre précis. Les membres se tendent et se plient à volonté. Le cheval peut ainsi mobiliser chaque partie de son corps. Durant un combat, les guerriers doivent contrôler leur force. Retenir pour mieux frapper.

J'entamais donc un cercle fin. Mes membres se relevaient, et je simulais un léger boitillement du postérieur gauche. Je savais que les hommes attaquaient toujours les faibles, et une faille dans ma défense parfaite était leur unique chance.

Faut croire que je me trompais.

Ils foncèrent. Ils piétinaient chaque possibilité, chaque possible dans le monde guerrier pour foncer droit au but, aveugle aux beautés des techniques. Si certains n'y voit qu'inutilité et chaos, d'autres comprennent que les combats, amicaux ou non, sont des danses, des ballets. Eh bien pas les hommes. Ils se jetèrent immédiatement dans le tas, se gênant les uns les autres, se poussant pour avoir le plus de chances d'attraper le gibier. J'avais dû être mis à prix, car ils furent particulièrement horribles sur ce coup - là. Les montures s'essouflaient rapidement, mais étaient encore suffisament agiles pour emmener leur maître à l'endroit choisi. Précisément. J'évitait les coups, mais ils étaient beaucoup trop nombreux. Je poussais des hennissements, pas des appels à l'aide, pas de désespoir. Je n'appellais jamais à l'aide. A l'époque.

Une corde particulièrement bien lancée atteignit sa cible. Le lasso encercla mon encolure, brisant le fragile assemblage de vaisseaux sanguins constituant ma gorge. La corde était si serrée, si solide qu'elel commença à me transpercer les chairs. Des gouttes de sang se mélangaient à ma sueur. L'air me manquait. Mes poumons allaient exploser. Ma vue commençait déjà à se troubler. Je mis un long moment avant de me rendre compte que d'autres cordes s'étaient emparées de moi, une sur mon postérieur droit, une autre encerclant mon antérieur droit également. Mes poumons étaient complètement vidés, et mes naseaux s'ouvraient, grands, larges, pour laisser entrer le maximum d'air possible. Malheureusement, je dus me rendre à l'évidence : s'en était fini de moi. Après une dernière ruade qui désarçonan un cavalier, je réussis à l'écraser. Mais ce fut mon dernier acte. Mes jambes se dérobèrent sous moi, le monde devint de plus en plus flou, et je sombrai dans un inconscient troublé de cauchemars.

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